12 avril 2011

Intervention "éducation"


Assemblée plénière du 8 avril 2011 Intervention de Marc Borneck, pendant le débat éducation
Monsieur le Recteur,


En tant que responsable politique et représentant de mon groupe d’élus, je suis heureux d’avoir aujourd’hui l’occasion de m’adresser à vous, représentant de l’Etat, pour exprimer à la fois notre réaction à la situation actuelle du système éducatif mais aussi pour dessiner devant vous les contours de ce que nous pensons que devrait être une réelle ambition éducative.


Monsieur le Recteur, une société qui se méfie de sa jeunesse et ne croit pas en ses instances éducatives se met elle-même dans une situation mortifère !
La suppression systématique de moyens financiers et humains , qui a , je tiens à le rappeler , frappé d’abord l’Education Populaire, atteint aujourd’hui le cœur même du système éducatif qu’est l’Ecole : suppressions de postes d’enseignants (94 postes dans le primaire et 177 postes en collèges et lycées en Franche-Comté ), augmentation du nombre d’élèves par classe, suppression des moyens spécifiques de l’éducation prioritaire, jeunes enseignants envoyés devant les élèves avec un niveau de formation dégradé voire sans formation du tout …tout concourt à dénaturer les métiers de l’éducation et à entraver le rôle éducatif et émancipateur de l’Ecole .
Faut il rappeler, comme le souligne la note du Centre d’Analyse Stratégique (organisme rattaché à Matignon), que notre pays est celui qui possède le plus faible nombre de professeurs par élève parmi les 34 membres de l’OCDE.
Avec 6,1 enseignants pour 100 élèves ou étudiants, la France est bonne dernière, loin derrière la Suède, connue pour son fort taux de fonctionnaires, mais aussi très en dessous de la Grèce ou du Portugal, où le taux d’encadrement monte à 9 professeurs pour 100 élèves.
Et ce n’est pas en utilisant des manières fortes contre des parents inquiets que cette régression sera acceptée.
Cette politique est dangereuse. Elle est sans perspective autre que purement comptable et ne saurait répondre en aucune manière aux grands enjeux d’un projet éducatif pour le 21ème siècle !


Pour autant, la simple défense en l’état d’un système scolaire en souffrance et en perte d’élan, de vision et de sens n’est pas non plus, à nos yeux, une réponse satisfaisante.
En matière d’éducation, plus qu’ailleurs encore, l’immobilisme est impossible. La société évolue, les changements culturels et sociétaux sont rapides et profonds, les modes de vie n’ont rien à voir avec ceux d’il y a à peine 20 ou 30 ans ….

Penser l’éducation de demain, c’est, pour les écologistes que nous sommes, appréhender l’être dans sa globalité. Seule une approche globale, qui ne se limite pas à des mesures techniques d’aménagement de l’école, peut permettre de relever les défis éducatifs d’aujourd’hui et de demain.

Il ne faut donc pas avoir peur de dire que l’éducation est l’affaire de la société dans son ensemble, que former les citoyens de demain doit être un projet partagé par une société soudée par ses valeurs et par son projet de vie collective. Il s’agit bien de retrouver le sens et l’élan d’une société qui accepte de se projeter dans un avenir choisi et assumé et de s’y projeter à travers ses propres enfants.

On voit bien que le problème n’est pas seulement celui des orientations à donner à un système éducatif mais bien aussi celui d’un choix de société dans son intégralité et on voit bien comment, en ce moment même, les choix de société qui sont faits aujourd’hui viennent percuter de plein fouet le système éducatif dans son ensemble.

Pour nous, il s’agit donc de sortir d’une vision éducative étriquée toute entière tournée vers une scolarisation de masse. Ce que l’on pourrait appeler le « productivisme scolaire » qui confond l’épanouissement personnel avec l’accumulation de diplômes dans un esprit de compétition, pour réinterroger le sens même de l’intention éducative, en dessinant les contours d’un système éducatif sachant prendre en compte la diversité des êtres, de leur culture et de leur projet de vie individuel.

Cela suppose que, tout au long de la vie, les moyens de son émancipation par le savoir et la maîtrise de compétences professionnelles soient offerts à chaque individu, sans privilégier un aspect par rapport à l'autre et notamment sans réduire l'éducation à l'insertion professionnelle, sans se contenter de faire rentrer un individu dans une case professionnelle pour répondre aux besoins du tissu économique.

Cela suppose les relations et les interactions entre la famille, les différentes générations, les institutions scolaires et de formation (de la petite enfance à l’enseignement supérieur et la formation professionnelle), le tissu associatif et culturel….

Cela suppose aussi et surtout la confiance dans les individus, la confiance dans les institutions, la confiance dans les acteurs et les professionnels de l’éducation en leur accordant le droit à l’autonomie et à l’innovation en les responsabilisant.

Cela suppose une société apaisée, cohésive et fédératrice, et confiante dans son avenir et son projet collectif.

Tout ce à quoi nos concitoyens aspirent et tout ce qui leur manque !

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